MARK RAYCROFT

OURS NOIR

Par Jeff Riverin

Ciblez les gros spécimens!

L’ours noir; animal mythique de nos forêts et du folklore amérindien qui en impose par sa simple présence et qui en impressionne plusieurs. Pour monsieur et madame Tout-le-monde, la récolte d’un ours de 300 livres et plus représente souvent le trophée d’une vie. En effet plus souvent qu’autrement, cette rencontre fortuite aura lieu une seule fois dans la carrière de la plupart des amateurs de ce gibier et encore…

Bon an mal an, le poids moyen des ours récoltés par une majorité au Québec se situe habituellement autour de 100 à 150 livres, ce qui n’est pas très impressionnant il faut l’admettre. Sans que je sois ici en train de dire que la capture d’un ours de petit gabarit soit banale sinon dégradante, il n’en demeure pas moins que les possibilités d’apposer nos coupons de transport sur des spécimens de plus belle taille existent réellement, si on prend le temps de s’y mettre de façon sérieuse.

D’ordre général dans son ensemble, la chasse à l’ours noir n’est pas une quête très compliquée en vertu du fait que tout se passe autour d’une station d’appâts la plupart du temps. Gourmand de nature, l’ours aime aussi avoir un accès facile à de la bonne nourriture et les jeunes individus se laissent souvent facilement séduire par un buffet gratuit au fumet invitant, qui les mènera à leur perte. De façon sérieuse cependant, si on désire mettre la main au collet d’un ours de forte taille, il faut y mettre du sien, car favoriser une telle récolte demande un brin de technique supplémentaire et de préparation sur le terrain.

Les jeunes ours entre 100 et 150 lb rentrent normalement facilement aux appâts et sont ceux que les chasseurs récoltent le plus souvent.

Or donc, bien que quelques gros ours se fassent déjouer à chaque année par des néophytes par la bonne providence, il n’en demeure pas moins que ceux et celles qui récoltent fréquemment des sujets imposants, font les choses différemment tout en prenant certaines précautions inhérentes en ce sens.   

Mettre toutes les chances de son côté

Ces quelques 25 dernières années, j’ai eu le bonheur de récolter plusieurs gros ours. Évidemment, toutes ces captures ont été faites dans un cadre strict et de manière à maximiser les possibilités de rencontre sur des sujets de forte taille. Bien qu’il y ait toujours un élément de chance dans chaque capture, il est possible de mettre les éléments de notre côté de façon réfléchies pour cibler spécifiquement les trophées. Même si le Québec ne figure pas officiellement sur la carte Nord-Américaine des secteurs reconnus à forte densité pour les très gros spécimens d’Ursus americanus, il n’en demeure pas moins que nos forêts abritent quand même des sujets dignes de mentions de 300 livres et plus par ci par là.

L’auteur avec un ours trophée de plus de 350 lb tiré à une distance de 18 pi à partir d’une cache au sol constituée de simples branches d’épinette dans un coin très reculé. Toute une poussée d’adrénaline!

Pour cibler les gros ours, il faut donc réunir certaines conditions propices. D’abord, la qualité d’un site est essentielle. Les ours mâles matures de forte corpulence aiment les secteurs reclus près des points d’eau qui leur donnent accès à une nourriture de qualité et au moment opportun, à une affluence de femelles. Une dépression boisée loin des regards près d’un lac ou d’une rivière par exemple, représente l’idéal pour installer un site de chasse. Les étangs à castor ne manquent pas d’intérêt non plus et sont souvent des secteurs ou les ours de tous formats sont très présents. En général, là où il y a des castors, il y a des ours noirs.

Les alentours des étangs de castor ne sont pas à dédaigner dans le choix d’un site de chasse pour les gros ours.

Autre détail important; les essences qui composent la forêt environnante jouent un rôle essentiel. Les ours préfèrent les forêts mixtes ou ils ont accès à divers champignons, à du bois mort qui abrite larves et insectes et à des zones où ils peuvent trouver airelles, bleuets, amélanches, fraises, framboises et autres fruits sauvages en saison. Les forêts de conifères aux sols acides n’ont que peu d’attrait pour l’ours. Donc, en vertu de ces derniers détails, plus un territoire est riche, plus il est susceptible d’abriter de gros ours.

Un autre élément important est sans l’ombre d’un doute l’âge des sites d’appâtage qu’on opère. Bien que d’un territoire à l’autre il puisse y avoir des exceptions qui confirment la règle dans le comportement des ursidés, un nouveau site est rarement très productif les premières années, et notamment pour les individus trophées. Les sites qui sont entretenus depuis très longtemps sont généralement les plus propices à attirer une affluence de gros spécimens, car les sentiers de plantigrades qui se sont façonnés au fil du temps en périphérie de ceux-ci, sont de véritables cartes routières d’odeurs.

Les vieux sites d’appâtage sont plus propices à la récolte de gros spécimens, car les sentiers tracés au fil du temps autour de ceux-ci (comme sur la photo) deviennent de véritables cartes routières d’odeurs.

D’emblée, comme je le disais un peu plus tôt, les sites isolés dans les secteurs densément boisés sont généralement les meilleures pour le passage de gros mâles. L’ours noir étant un animal très discret et craintif, plus un spécimen est âgé et gros, plus il est méfiant et plus il évite de rencontrer l’humain. Un ours de 300 livres et plus est l’équivalent en méfiance d’un cerf de Virginie de 10 pointes, rien de moins.

Par ailleurs, les sites qui attirent les femelles sont généralement très propices à attirer les mâles matures dominants, notamment au mois de juin lors de la période des amours chez cette espèce. Un peu comme le fait le chevreuil en novembre alors qu’apparaissent tout à coup des mâles satellites arrivés de nulle part, les gros ours se déplacent beaucoup à cette période parcourant souvent plusieurs kilomètres à la recherche de femelles réceptives. C’est souvent là que par surprise sur un site qui n’attirait alors que des femelles et des jeunes, on peut parfois soudainement voir apparaître à l’impromptu le trophée d’une vie lors d’une séance de guet.

Ours mâle faisant des avances à une femelle à un site appâté. Les endroits visités par les femelles sont toujours susceptibles de recevoir la visite de mâles lorsque le rut débute.

En juin, la chaleur et les insectes piqueurs sont certes un supplice, mais les soirées d’attente à cette période sont souvent très propices pour faire de belles rencontres fortuites alors que pourtant auparavant, aucun gros ours ne s’était jamais présenté le bout du museau sur un site en particulier. Et plus souvent qu’autrement, ces mâles trophées ne sont de passage qu’une seule et unique fois sans qu’on puisse les avoir anticipés avant. À nous d’y être au moment opportun pour les cueillir…

Ce gros ours n’est passé qu’une seule fois au site d’appâts de toute la saison. La seule façon de récolter un tel spécimen est de persévérer et de ne pas tirer le premier ours venu…

Précautions d’usage

Fréquemment pour diverses raisons, les gens qui se mettent à la chasse à l’ours ne voient pas de clichés de gros ours sur leurs caméras de surveillance, ce qui ne veut pas nécessairement dire qu’il n’y a pas de mâles imposants dans les environs. En d’autres circonstances souvent aussi, il n’y a présence de beaux mâles que sur des clichés capturés durant la nuit. Comme je le mentionnais précédemment, les ours de forte taille sont des animaux prudents et généralement, il leur faut plus qu’un baril rempli de sucreries pour les amener à se commettre en plein jour ou même pour se commettre tout court.

À chaque printemps, nombreux sont ceux et celles qui chassent l’ours sans savoir que des monstres tournent régulièrement autour de leurs stations appâtées sans même jamais s’en être approché. Il arrive très souvent qu’ils glanent dans le secteur en périphérie sans toutefois y venir par simple précautions. Voilà pourquoi il vaut la peine d’exploiter des secteurs reclus loin des zones civilisées habituellement fréquentées. Les ours suspicieux s’y sentent plus en sécurité et y circulent avec l’esprit plus tranquille. Même les mouvements de nourrissage doivent être pris en ligne de compte.

Parlant de ravitaillement, dans cet ordre d’idée, il vaut la peine de suivre un horaire régulier et journalier pour les séances de nourrissage. Ainsi, les animaux s’adaptent en conséquence et ils anticipent mieux nos déplacements afin de profiter également du festin qui leur est offert. Nourrir n’importe quand peut parfois donner des résultats, mais si on cible de gros sujets, il vaut mieux s’imposer une routine bien établie.

Il est important de suivre un horaire régulier pour rafraîchir le site d’appâts de façon à permettre aux ours de mieux anticiper nos visites.

Lorsque qu’on remarque la présence d’un ou quelques beaux spécimens, mais que ces derniers ne viennent que la nuit, il faut alors essayer d’inverser le processus. Dans ce contexte, il faut alors modifier l’horaire de nos séances de ravitaillement diurnes en passages crépusculaires. Ainsi, les ours seront alors dérangés dans leur routine nocturne, ce qui normalement les fera passer aux appâts sur des plages horaires disons plus normales en vertu de la luminosité et des heures légales de chasse.

Parlant appâts, chaque personne d’expérience à cette chasse a sa recette personnelle. La mienne consiste en une mixture d’avoine moulue et de grains de maïs ronds le tout mélangé avec de la mélasse et de l’huile à friture usée. En termes de proportions, disons simplement que la substance ne doit pas être trop pâteuse ni trop saturée de liquide. L’idée étant aussi que les animaux doivent la consommer sur place sans possibilité de s’enfuir avec une part du butin pour l’engloutir ailleurs.

Et la cerise sur le sundae, un ingrédient quasi essentiel pour s’attirer des gros spécimens, l’apport de viande de castor. L’odeur et le goût du castor sont pour l’ours noir un délice auquel il ne peut résister. Cependant, dans le but de limiter les animaux de passage sur les stations de nourrissage, chaque carcasse de castor est placée dans une cage en métal fixée à un arbre. Celle-ci dispose d’orifices tout juste assez grands pour que les ours puissent se repaître de morceaux sans possibilité de s’enfuir avec la pièce en entier. Cette précaution est nécessaire, car fréquemment, de jeunes ours se dépêchent à passer avant leurs congénères dominants, et si la carcasse de castor est simplement attachée ou déposée dans un baril, ils ont tôt fait de la subtiliser pour aller la dévorer loin des regards.      

Les ours (et en particulier les gros), raffolent de la viande de castor. Mais pour éviter qu’ils ne puissent partir avec le butin et aller s’empiffrer à couvert, les morceaux de castor sont insérés dans une cage métallique fixée à un arbre.

Derniers détails, tir et conclusion

Je mentionnais un peu plus tôt le niveau de méfiance des gros ours et dans cet ordre d’idée, il ne faut pas lésiner sur le contrôle des odeurs et la gestion du vent. À chaque année, nombreux sont ceux et celles qui passent des heures infructueuses assis dans un affût sans voir la moindre touffe de poils noirs alors qu’a une centaine de mètres en retrait, se trouve un gros ours tranquillement assis à humer l’air en attendant le départ de l’humain qui lui, pense qu’aucun ursidé n’a daigné bouger durant la session. Puis le lendemain en allant rafraîchir les appâts, on s’aperçoit en analysant les photos prises par la caméra vigile qu’un beau spécimen s’est présenté aux appâts 10-15 minutes après notre départ…Signe évident que soit l’animal a entendu un bruit suspect et/ou perçu l’odeur humaine.

En démarrant un site de chasse, on devrait idéalement toujours prévoir deux affûts distincts placés différemment en fonction de pouvoir moduler notre position au gré des vents et des sentiers d’approche des ours. Faute de cette précaution par soir de mauvais vent, il vaut mieux tout simplement s’abstenir de chasser, au risque de tout gâcher ou de simplement attendre inutilement un ours qui ne viendra jamais. Donc, orienter un ou plusieurs postes d’affût en vertu des vents dominants est essentiel.

Aussi, le contrôle de nos odeurs commence par un lavage de nos vêtements avec une lessive conçue pour les vêtements de chasse qui seront ensuite dûment rangés une fois secs, dans des sacs à compression. Évidemment avant une session d’affût, une douche est de rigueur avec savon et shampoing de corps non parfumés avec enzymes anti-odeurs pour la chasse. En avant de chaque poste d’affût, j’attache toujours au préalable un ruban orange marqueur assez long à une branche comme indicateur éolien. Si durant une séance de guet le vent vient à changer en ma défaveur, je plie aussitôt bagage pour une autre fois.

Un ruban orange d’une bonne longueur installé dans le champ de vision du chasseur permet d’avoir une idée de la direction des vents et surtout de leurs changements de direction défavorables.

Conséquemment, après avoir mis toutes les chances de notre côté en s’installant au bon endroit, avec appâts de qualité, par bon vent et bien sûr d’une affluence de beaux sujets, il faut mettre fin à la transaction avec un bon tir aux suites d’une bonne identification sur le sujet principal de cet article. L’ours par sa forme et sa couleur sombre est de loin le gros gibier le plus difficile à estimer. Et de ce fait, soit par nervosité ou par manque d’expérience, nombreux sont les adeptes qui au terme d’une courte attente, laissent aller un tir sur le premier ours qui se présente. La plupart du temps en constatant ensuite, que l’animal récolté est beaucoup plus petit qu’on l’imaginait.

 

En préambule à cette quête d’ours trophées, il est donc essentiel de s’adonner à un exercice d’identification dans la littérature histoire de pouvoir formellement estimer un sujet avant d’exécuter un tir. En somme, la poursuite de l’ours noir est une quête des plus grisantes qui soi. Qui plus est, si on cible les spécimens hors normes, la satisfaction de déjouer la vigilance d’un de ces baribals futés rend la quête encore plus intéressante.  

La large patte et surtout les griffes d’un grand mâle ont toujours de quoi impressionner!   

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